06 janvier 2007

Entre ciel et mer...

Les fêtes de fin d'année viennent de s'achever. Vous avez fait la fête jusqu'au petit matin et consommé toutes sortes de breuvages sans modération, contribuant ainsi à la dégénérescence prématurée de millions de neurones innocents. Il faut donc commencer cette nouvelle année en douceur. Voici donc une petite énigme.

Regardez bien la photo suivante:

Question: Il s'agit d'une vue des sièges avants de notre taxi pour Kampot. Saurez-vous deviner qui conduit? Vous avez 30 secondes...

Tic Tac
Tic Tac

Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac

BIIIIIIIP!

Le temps est écoulé!!! Votre réponse? "La personne à droite bien sûr!".

FAUX!!! Regardez-bien, il n'y a pas de volant à droite, c'est une conduite à gauche!

Un indice s'affiche en bas de votre écran: Ce n'est pas une voiture à boîte automatique.

Alors? La personne de gauche? Encore perdu! C'est celle du milieu!

Et oui, au Cambodge tout est possible. Ce taxi collectif est une Toyota Camry, normalement à 5 places. En payant plus cher que la normale, nous avons déjà pu limiter l'occupation à l'arrière à 3 personnes. Il est très courant de voir 7 ou 8 personnes s'entasser dedans.

Pour les 2 premières heures, nous étions donc 6. A une petite heure de l'arrivée, nous avons récupéré un homme et un enfant sur le bord de la route, portant à 8 le nombre de passagers, dont 5 à l'avant!

Pour finir de planter le décor, sachez que les ceintures de sécurité sont souvent cachées avec le plus grand soin (pour ne pas gêner), que les compteurs de vitesse et kilométriques sont hors service (ou débranchés?), les phares peuvent avoir un fort strabisme, le frein à main peut-être remplacé par une pierre judicieusement glissée sous une roue, ... la liste est longue, et certains taxis sont des cumulards!

Arrivés sur place, nous avons pris un motodop pour Kep, à une demi-heure. Kep est une ancienne station balnéaire huppée situé en bord de mer, avec une belle petite plage de sable cuivré, à 2 pas du Vietnam.


Avec les Khmers rouges, la ville a été vidée et est devenue un lieu de tortures et de barbaries où beaucoup de personnes ont été tuées. Depuis, les cambodgiens rechignent à venir réoccuper ce maisons qu'ils pensent hantées par les victimes de ces atrocités. Les maisons sont donc là, abandonnées, portant encore parfois des traces des évènements. Il semble cependant que le tourisme puisse permettre à cette ville de revivre. Quelques établissements plutôt luxueux se sont construits, et d'autres projets sont à l'étude. Il reste à espérez que la gourmandise des promoteurs n'entraînera pas une transformation trop radicale.

Après le couché du soleil, nous avons repris des motodops. Le retour fut un mélange de sensations mitigées. En pleine campagne, avec à peine quelques lampes blafardes dans des maisons ça et là, le ciel était magnifiquement étoilé, et la sensation procurée par le vent et la voute étoilée défilant au dessus de nos têtes était très apaisante. Mais en même temps, la nuit voit sortir d'on ne sait où une quantité phénoménale d'insectes volants! Avec la vitesse, toutes ces petites bêtes se transforment alors en un bombardement incessants de petits projectiles piquants qui viennent s'insinuer jusque dans la bouche, le nez, les yeux et les oreilles! Et pour parachever le tableau, les engins de nos mototaxis qui avaient pourtant l'air assez récents ce sont avérés avoir des phares à peine plus puissants que des bougies (pratique de nuit sur des routes certes asphaltées mais néanmoins émaillées de trous éparses), et celui de Delphine a perdu une bonne partie de son réservoir d'essence après avoir fait le plein suite au détachement d'une durite d'alimentation. Arrêt forcé en pleine nuit, réparation quasiment à tâtons en pleine campagne, nous nous sommes demandés un moment si nous allions pouvoir rentrer!

Nous sommes néanmoins finalement bien rentrés à Kampot. Petit repas en bord de fleuve, et nuit dans une guest house sur place.

Le lendemain, départ en pick-up pour le parc national du Bokor.

Comme vous pouvez le voir, le pick-up dispose de seulement 2 places (outre le chauffeur et le guide) à l'intérieur et un large espace à l'arrière à l'air libre. Aménagement extrêmement rudimentaire et inconfortable: De chaque côté, un petit banc de 10 cm de profondeur à peine, vaguement revêtu d'une couche de mousse et de sky bien fatigués, et pas grand chose à quoi se raccrocher vraiment facilement et confortablement. Les 10 premières minutes, c'est très agréable: on file sur la route, le vent nous rafraîchi... Puis arrive la piste un peu caillouteuse mais très correcte au départ. C'est déjà un petit moins agréable, mais ça va. Mais très vite, la piste devient complètement défoncée, et on commence à être projeté régulièrement à 20 cm au dessus du siège, les mains crispées à ce que l'on peut pour rester à l'intérieur du pick-up, avec en même temps tout un tas de branches et autres lianes venant nous percuter la figure si on ne baisse pas la tête à temps. En même temps, le paysage devient vite celui d'une jungle tropicale, avec des arbres qui viennent avaler les rochers sur lesquels ils reposent, de magnifiques papillons de presque 10cm d'envergure, des écureuils dans les arbres, des grillons et cigales en tout genre avec différentes sortes de crissements stridents très éloignés de celui sobre et grave de nos cigales françaises. C'est magnifique, et la température qui diminue progressivement associée au vent nous rafraîchi fort agréablement, au point de ne pas remarquer que le soleil tape quand même bien fort sur notre peau toute blanche! Le parc est aussi censé héberger quelques rares spécimens de tigres!

Le trajet dure environ 2h30 dans ces conditions: c'est long! Et c'est le derrière et le dos défoncés, et les bras tétanisés que l'on arrive à la première halte à l'ancien second palais royal: le black palace, dénommé ainsi car à l’époque de sa splendeur il était entièrement revêtu de lattes de bois d’une essence de couleur noire, que les vietnamiens ont entièrement pillé (on en voit un tout petit vestige ci-dessous)

Au passage vous pouvez admirer 2 magnifiques Gecko locaux : 20/25 cm de long, quelque chose comme 3 ou 4 cm de diamètre d’épaisseur. Ils ont un petit cri répétitif très reconnaissable, et on dit que d’entendre un Gecko le répéter très exactement 7 fois de suite porte bonheur.

Encore 30 bonnes minutes pour arriver au site principal.

Un peu d’histoire: en fait, toutes ces constructions dans le parc national du Bokor remontent aux années 20. A l'époque, le Cambodge est encore une colonie française, et ce sont palais royal, villas, hôtel/casino, église catholique,... qui sont construits pour accueillir la haute société aisée de l'époque.

La situation du plateau qui culmine à 1069m apporte un climat beaucoup plus frais que dans la plaine, surtout en saison sèche, et la vue magnifique sur le golfe de Thaïlande renforce sont attrait. En 1953, le pays prend son indépendance, et le lieu devient principalement fréquenté par les élites du royaume. En 1970, le roi Sihanouk est renversé par le maréchal Lon Nol, qui fonde la République Khmère avec le soutien des américains. Le Roi soutient ses opposants, les khmers rouges. En 1972, les lieux sont abandonnés, car la route devient peu sûre suite à l'émergence de la guérilla communiste.

17 avril 1975: Les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh. Une visite d'inspection du roi est annoncée aux gardes républicains stationnés au Bokor. Ceux-ci briquent leurs uniformes et s'alignent pour recevoir le Roi. Ce sont les Khmers rouges qui arrivent en fait, et les fusillent tous. Le Bokor est alors abandonné une première fois.

En 1977, l'Angkar, l'organisation suprême des Khmers rouges multiplie les raids et incursions au Vietnam tout proche, mais ils ne peuvent résister aux puissantes divisions blindées du général Giap, le vainqueur de Dien Bien Phu. Ils se replient dans la forêt. Le massif du Bokor apparaît alors comme une véritable forteresse naturelle. Ironie de l’histoire les mêmes Khmers rouges qui abolirent l’argent se retranchent dans le casino.

Trois mois de violents combats seront nécessaires aux Vietnamiens pour les en délogés. Le Bokor est définitivement abandonné.

Enfin, lorsque le Cambodge est enfin libéré de l'emprise des Khmers rouges, beaucoup de gens se retrouvent affamés, totalement démunis, et doivent vivre de la débrouille pour trouver de quoi acheter de la nourriture. Tout ce qui n'a pas été volé par les vietnamiens et peut être encore réutilisé ou revendu dans ces lieux et scrupuleusement démonté, jusqu'aux dallages, aux tuyauteries ou aux chambranles des fenêtres. De tous ces lieux ne subsiste quasiment plus que les murs, sols et plafond construit en béton armés. Le temps vient recouvrir le tout d'un surprenant lichen orange qui contraste sur le noir du vieux béton, et qui, combiné à l'atmosphère souvent brumeuse, confère à ce lieu une ambiance extrêmement mystérieuse, surréaliste et envoutante...

De nos jours, ont trouve encore des traces palpables des affrontements qui ont eu lieu ici, sous la forme de lambeaux d'uniformes ou de vêtements qui émergent sous la terre et les herbes, notamment près de l'église.

Celle-ci, bien que symbolisant une religion qui plus est étrangère, et ayant servi de refuges aux khmers rouges qui l'ont réaménagé en caserne improvisée, a été presque complètement épargnée, avec peu d'impacts de balles ailleurs qu’aux fenêtres, et les croix ainsi que certains aménagements de cultes intérieurs ont été laissés en place.

Après le déjeuner et la visite de ces bâtiments, nous avons entamé notre redescente d’abord à pieds à travers la végétation pour aller voir quelques ponts détruits par les Khmers ce qui rend inutilisable une autre voie d’accès pourtant en bien meilleur état, un ancien dépôt de munition Khmer rouge, des vestiges de plantes à thé d’anciennes plantations. Puis redescente en pick-up : encore pire qu’à la montée, 2h30 de calvaire !

Mais arrivé en bord de mer, direction un tout petit « port » de pêche artisanale.

Là, embarquement sur une grosse barque qui nous ramène par l’embouchure du fleuve, en longeant les mangroves, au soleil couchant, vers la ville de Kampot.

Au passage on croise les flottes de pêche qui partent au travail, ou quelques pêcheurs plus modestes,

ainsi qu’un troupeau de buffles à l’heure du bain. Grandiose !!!

Merci à Delphine pour ses 2 photos: moi sur la plage de Kep, et le bain des buffles.

03 janvier 2007

Bonne Année 2007!!!

Ca y est, une nouvelle étape est franchie! Une année toute neuve s'offre à nous, pleine de promesses...

Je vous fais tous mes voeux de bonheur dans votre vie et de réussite dans vos projets.

Comme prévu, j'ai donc passé un très bon réveillon à Phnom Penh, chez notre amie Linda, à déguster de très bon plats Khmers: poisson au gingembre, boeuf aux liserons d'eau, purée d'aubergine, légumes, salade de plantes aux vertues thérapeutiques (très très amère celle là, mais il paraît que c'est bon pour la santé, même si je ne sais toujours pas exactement pour quoi ;-), ... En dessert salade de concombre sauvage au lait de coco, fruits de la passion, plus quelques petites gâteries moins khmères: gateau au chocolat, tartes aux pommes, ...



Nous étions finalement 8, avec de gauche à droite: Liam (je crois! plus sûr!), Muriel, Caroline ma colocataire belge du week-end, Samia qui bosse avec moi au Centre, Linda, sa copine dont j'ai oublié le nom et compagne du monsieur de gauche, et Lida une des documentalistes Khmère du Centre.

A minuit il y a eu un grand feu d'artifice en ville, que beaucoup de Khmers ont râtés car ils n'ont pas eu la patience d'attendre jusque là!!! Il faut dire que c'est un horaire extrêmement tardif pour eux. Nous on a tenu jusqu'à 02h30 quand même! Non mais!!!