03 février 2007

L'hiver, c'est la saison des mariages!

Depuis décembre, la saison des mariages bat son plein. On découvre tout à coup que la population cambodgienne est très jeune, car le nombre de mariages qui sont célébrés est tout bonnement sidérant!
Contrairement à la France (et aux pratiques catholiques), le mariage ici ne passe pas par la mairie et l'église. Le mariage ici se passe principalement à la maison, et se déroule en 2 étapes:
- Une LONGUE journée qui débute pour les mariés (surtout pour la mariée) vers 4h du matin par une très longue séance de maquillage, et qui est ponctuée de rites et cérémonies (bouddhistes le plus souvent)
- Un ÉNORME repas le soir, où beaucoup de gens sont invités, pas seulement la famille

Un mariage voyant affluer beaucoup de monde, les familles ne peuvent pas les accueillir à l'intérieur de leur maison, souvent modeste. Alors il est d'usage de monter des grandes tentes en tissus chatoyant à l'extérieur. Et comme on est en ville, et qu'il faut souvent pouvoir y loger au moins une centaine de personnes, les trottoirs et la chaussée sont en général mis à contribution! Dans les meilleurs cas, c'est donc le trottoir qui est annexé sur quelques dizaines de mètres, mais le plus souvent, la tente empiètent allègrement et sans complexe sur la moitié de la chaussée, quand ce n'est pas la largeur complète de la rue qui est investie. Dans ce dernier cas, la rue n'est simplement plus utilisable, que ce soit par les véhicules ou les piétons! Aucun avertissement préalable, aucun panneau ni protection quelle qu'elle soit. Ainsi, je suis parti de chez moi un matin, pour me retrouver face à un cul de sac le soir en rentrant, juste à 5m avant ma porte d'entrée! Durant 2 jours, j'ai donc du contourner tout le pâté de maison pour atteindre ma porte!

C'est donc pour cela que l'on découvre qu'il y a autant de mariages: on ne peut pas les rater!!! Au passage, la tradition est identique pour les morts, avec une petite particularité supplémentaire: on fait une première réception le soir même ou le lendemain, puis une autre 7 jours après, et enfin une dernière 100 jours après.

Mais revenons au mariage. Car si je disserte sur ce sujet, c'est parce que j'ai eu l'occasion d'en vivre un de près. NON!!! Je ne me suis pas marié en cachette! Mais Naren, une de nos documentalistes au Centre Bophana, a épousé Jérome, un graphiste français. Et nous étions tous invités.

Et là, je vous dois des excuses... j'ai manqué à mon devoir, que ma carte de presse (que je n'ai pas) me soit enlevée, que mon nom soit banni des colonnes des grands quotidiens internationaux, ... j'ai raté la cérémonie du matin!!! Pas de photo, pas d'histoire à vous raconter! Comment? Pourquoi? Et bien, parce que le rendez-vous à 6h du matin, c'est déjà un peu dur en temps normal, et encore plus quand on se couche la veille à 3h du matin! Je ne suis pas le seul à avoir défailli de la sorte. Pourtant, je me suis réveillé à 06h45, et j'ai appelé une amie qui elle avait réussi à se rendre sur place. Mais elle était resté dehors car elle était la seule occidentale et ne reconnaissait personne! Comme en plus on n'était pas vraiment "officiellement" invité à cette cérémonie, j'avais un peu peur de m'incruster. Alors du coup j'ai eu la mauvaise idée de me recoucher. 10mn après mon amie m'a rappelé: les mariés arrivaient. Mais je n'ai pas pu me relever avant 10h! Bref, c'était raté... Désolé, pour vous, et pour moi aussi, parce que je me faisais une joie d'y assister.

Néanmoins, je sais quelques petites choses:
- La mariée débute donc très matinalement sa journée par une séance de maquillage intense: on lui rase le visage, pour que le maquillage pénètre mieux m'a-t-on dit, et on lui en applique une couche digne d'un ravalement de façade. Les sourcils sont redessinés, des faux cils ajoutés, et on complète avec une coiffure/choucroute digne cette fois d'une star hollywoodienne, souvent agrémentée de peinture à paillettes et d'un diadème. Le résultat est, pour être honnête, souvent méconnaissable, et très chargé à mon goût! J'ai vu des photos d'une autre amie, Linda, et j'ai beau savoir que c'est elle sur la photo, je ne la reconnais absolument pas! Quand à Naren, je la reconnaissais un peu plus, mais pas facilement.


D'autres jeunes filles khmères profitent de l'occasion pour se parer elles aussi de leur plus atours et pour profiter avec profusion d'un maquillage qu'elles n'utilisent le reste du temps jamais. Ainsi, Sophanith, la jeune fille qui travaille avec moi à la numérisation au Centre (Elle est à gauche sur la photo, avec le haut vert).


Quand je suis arrivé sur place, je lui ai dit bonjour sans la reconnaître, et je ne me suis aperçu que 10 bonnes secondes après que c'était elle!

Voici une petite photo (pas très jolie mais c'est la seule que j'ai trouvé) de ces demoiselles dans le civil:


Alors, vous les auriez reconnues vous?

- La cérémonie est ponctuée de rites bouddhiques ou plus païens. Par exemple, un bonze béni des fils rouges qui sont liés par groupe de 3 au poigné des mariés: à gauche pour les filles, à droite pour les garçons. Le chiffre 3 a une importance particulière dans le bouddhisme. Ainsi on brûle aussi les bâtons d'encens par 3. Et les bracelets sont censés protéger et porter bonheur. Par exemple, pour l'inauguration du Centre, nous avons fait venir le 3ème bonze de l'ordre des bonzes du Cambodge (un grand honneur! Mais tout a un prix, et celui-ci se ballade en 4x4 climatisé, avec un garde du corps armé, ne s'assoit que dans un confortable fauteuil loué pour l'occasion et refuse d'être pris en photo! Mais c'est une autre histoire...). Et nous avons tous reçu un bracelet. Il faut le garder jusqu'à ce qu'il tombe... Le mien tient depuis 2 mois maintenant. J'espère qu'il est efficace!! Les mariés eux en reçoivent des dizaines, car c'est vraiment un moment particulièrement important!
Autre rite moins religieux: le lavage des pieds. La mariée lave les pieds de son époux, ce qui est censé symboliser sa soumission! L'égalité des sexes repassera... D'ailleurs, un autre rite est celui de la banane. Comment dire... L'époux tient une banane à la main, et la femme doit l'éplucher et la croquer... Rappelons qu'ici il n'est pas concevable que 2 personnes se voient dans l'intimité avant le mariage. Ce rite constitue donc une sorte de leçon de chose pour préparer la jeune mariée à sa future vie de couple. No comment...

- Au cours de la journée, les mariés doivent se prêter à nombre de séances photos et vidéos. Comme chez nous, me direz-vous? Oui, mais puissance 10: les mariés doivent changer de nombreuses fois de costumes (ici ils se sont limités à 5 je crois, ce qui semble inférieur à la normale), tous loués, et la mise en scène est contrôlée au millimètre par des "professionnels". A priori, tout comme au Vietnam, il en ressortira un DVD atteignant des sommets inégalables de kitsch, avec musique langoureuse, trucages tape à l'oeil à outrance, petits coeurs à tous les étages, ... Je n'ai pas encore vu ce chef d'oeuvre, mais il me semble qu'ici c'est pareil.

- Le soir, c'est donc un énorme repas qui est organisé. Je pense que suivant les moyens des familles, cela se fait dans une tente devant la maison, ou alors, comme ici, dans des grands complexes spécialisés. Vous arrivez à l'entrée d'un énorme parking, genre supermarché, rempli de voitures. Au fond, un énorme immeuble, mais au lieu de l'enseigne Carrefour ou Auchan qui ne déparerait pas, vous avez de grandes lettres en néons lumineux: ici A, B, C et D. Mais j'en ai croisé un bien plus grand qui allait jusqu'à L au moins! Sur votre invitation est précisé à quelle entrée vous devez vous présenter. Normalement un panneau avec les noms des mariés est placé à l'entrée pour éviter toute erreur. Car en fait, chaque entrée correspond à une énorme salle de réception réservée pour un mariage différent. Ce soir là, il y avait donc 4 mariages simultanément. L'erreur est possible: Rithy, notre grand patron, s'est une fois trompé. Il s'est retrouvé à table, et ce n'est qu'au milieu du repas qu'il s'est aperçu de l'erreur, il est donc ressorti, pour aller à côté... où on l'a réinstallé à table et resservi un repas! Comment est-ce possible? On aurait du le reconnaître, et voir qu'il n'était pas invité! Et bien non! Car ce sont plusieurs centaines de personnes qui sont invitées! La famille bien sûr, mais aussi les amis proches, ou moins proches, les collègues, les voisins, ... Car une telle cérémonie coûte très chère évidemment, surtout ici où les revenus sont modestes. Mais il est de tradition que chaque invité mette de l'argent dans l'enveloppe nominative de son invitation qu'il va ensuite déposer dans une urne à cet effet. Plus on invite de gens, plus on a de chance que la différence entre le coup du repas et ce que la personne va laisser dégage un petit bénéfice. Et comme les petits ruisseaux font les grandes rivières...


Je n'ai pas compté, mais je pense qu'il y avait au moins 50 tables, accueillant 10 personnes chacune. Le principe, c'est que les gens arrivent à partir de 16h30, au hasard. On les mets aussitôt à une table, et dès qu'une table est pleine, le service commence, et s'enchaîne à vive allure. Il y a beaucoup de bons plats, mais dès qu'un se vide, un nouveau arrive. Jusqu'à ce que le repas soit fini, et la table se vide, prête pour un autre tour! Donc j'imagine que ce soir là, il y a peut-être eu 500 personnes, voir plus! Nous, nous avions pris la précaution de nous attendre à l'entrée et de rentrer à plusieurs, si bien que nous ne nous sommes pas retrouvés seuls au milieu d'inconnus. D'autant qu'il n'est pas aisé de discuter car, comme toujours ici, le son est à fond, voir même au delà! Orchestre et chanteurs "live" néanmoins.


Et la famille et les mariés dans tout cela? Et bien après s'être farci plusieurs heures de cérémonies depuis 6h du matin, ils sont tous astreints, mariés, parents et même garçons/demoiselles d'honneur, à accueillir en haie d'honneur tous les invités dès 16h30, et à rester à l'entrée jusqu'à ce que les derniers arrivent, c'est à dire probablement vers 20h30! Ensuite, ce sont encore tout un tas de convention à respecter, mais qui se rapprochent quand même pas mal de nos traditions en France:

Tout d'abord, photo de groupe: mariés, demoiselles et garçons d'honneur, tous en blanc.


Puis défilé à travers toute la salle sous les jets de pétales de fleurs et les cotillons.


Ensuite, sous la houlette d'un maître de cérémonie qui débite un flot impressionnant de paroles au micro, et autour d'une table accueillant une pièce montée, les mariés allument ensemble chacun une bougie, remercie leurs invités, soufflent les bougies et sont inondés de cotillons.


Puis ils coupent le gâteau, et échangent la becquée entre parents et enfants. Ce dernier rite est apparemment assez original et à déclencher l'hilarité de Rithy! Il est censé symboliser, je crois, le fait que désormais les enfants vont subvenir aux besoins de leurs parents.


Quelques dernière photos de famille...


Et c'est la fête! A la mode khmère s'il vous plaît!


Sur de la musique khmère, tout le monde entame une grande ronde. Pas de couple ici, tout le monde danse ensemble en respectant une gestuelle identique des pieds et des mains. Pas mal d'occidentaux s'y sont essayés, mais la grâce n'était pas tout à fait la même ;-)

Pendant ce temps, les mariés ont enfin eu le droit de se détendre un peu, et surtout de manger!

A la fin de la soirée, il y a eu une petite demi heure de chanson française, jusqu'à ce que tout d'un coup la sono s'arrête, les lumières chaleureuses s'éteignent pour laisser place aux néons blafards, et une meute de serveurs commencent à s'activer pour débarrasser, ranger... Et oui, il était environ 21h30, la fête était terminée! On est au Cambodge, n'oubliez pas!!!

Pour finir, je profite de l'occasion pour vous faire découvrir une galerie de portraits d'une partie des personnes que je côtoie ici depuis quelques mois.

Samia (responsable des documentalistes au Centre), Aurélie (notre grande coordinatrice générale en chef!) & Bunthoeun

Joseph (notre ancien informaticien) et Bertrand (restaurateur d'oeuvres d'art au Musée National de Phnom Penh)

Christine (ancienne attachée culturelle, copine de copains de Valenciennes) et Sopoi (ingénieur du son au Centre Culturel Français, et copain d'autres amis de Valenciennes. Le monde est petit!)

Lida (à gauche) et Noy (documentalistes au Centre)

Julie (copine de Silvère qui travaille dans une ONG), et Silvère (notre bientôt ancien responsable logistique et administration)

Rithy Pahn (The Big Boss!), et Linda (une amie artiste et thésarde)

Bunthoeun & moi (Vous me reconnaissez? Non? Et pourtant, je vous en ai fait voir de toutes les couleurs!!!)

Sopoi & moi (et oui, les khmers sont farceurs ;-)

1 commentaire:

Unknown a dit…

Zut, je l'avais loupé, cet épisode là... Ce qui m'a éclaté, c'est le rasage du visage de la mariée : comme ça, après le mariage, il lui pousse la barbe !!! Mignonne la fille qui est en photo avec Rithy. Bises. Papounet